La Fraternité Saint-Pie X a dévoilé, ce 26 mai, les noms des quatre prêtres qu'elle veut sacrer évêques le 1er juillet à Écône, sans l'accord du pape. Parmi eux, l'abbé Michel Poinsinet de Sivry, qui dirige la Belgique depuis Bruxelles. Tour d'horizon des élus et de ce que dit le communiqué de la Fraternité.
Ce que dit le communiqué
C'est pendant l'octave de la Pentecôte que le supérieur général de la Fraternité, l'abbé Davide Pagliarani, a rendu les noms publics. Les quatre prêtres seront consacrés le 1er juillet au séminaire international d'Écône, dans le Valais suisse, berceau du mouvement fondé par Mgr Marcel Lefebvre.
Le texte se veut conciliant dans la forme. La Fraternité affirme que les dossiers des quatre candidats ont été présentés au Saint-Père, avec les explications nécessaires "à la bonne compréhension de cette démarche, dans le contexte très particulier et exceptionnel de ces consécrations épiscopales".
L'abbé Pagliarani anticipe l'objection principale : celle d'une Eglise parallèle. Le choix et le sacre de ces prêtres, écrit-il, "ne procèdent d'aucune volonté de revendiquer un pouvoir de juridiction, ou d'établir une autorité parallèle dans l'Église". Ils ne sont, ajoute-t-il, ni une négation ni un défi lancé au pouvoir du pape sur l'Eglise universelle.
À quoi serviraient alors ces nouveaux évêques ? Selon le communiqué, la cérémonie n'aura d'autre but que de continuer à conférer les sacrements réservés aux évêques, l'ordre et la confirmation, "selon le rite traditionnel de la sainte Église romaine". L'épiscopat, conclut l'abbé Pagliarani, n'est envisagé que comme "un service rendu aux âmes et à l'Église, au milieu de cette crise de la foi sans précédent".
Michel Poinsinet de Sivry, l'homme de Bruxelles
À 42 ans, l'abbé Michel Poinsinet de Sivry est supérieur du district du Benelux depuis le 15 août 2022. Ce district regroupe la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Son siège est le prieuré du Christ-Roi, rue de la Concorde, à Bruxelles. C'est de là qu'il pilote toute l'activité de la Fraternité dans nos trois pays, dont l'église Saint-Joseph, propriété du mouvement dans la capitale.
Français, issu d'une famille de sept enfants, il est ordonné prêtre à Écône en 2008, après une formation aux séminaires de Flavigny puis d'Écône. Son parcours est d'abord celui d'un homme d'écoles. Il dirige l'école primaire Saint-Louis à Paris pendant cinq ans, tout en participant à l'apostolat de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, haut lieu parisien de la Fraternité. Il prend ensuite la tête d'un lycée-collège à Camblain-l'Abbé, près d'Arras, durant six ans, avant d'être appelé à Bruxelles.
Signe de son enracinement local : outre le français et l'anglais, il étudie l'allemand et le néerlandais. S'il est sacré le 1er juillet, c'est le responsable de la Fraternité pour la Belgique qui accédera à l'épiscopat.
Pascal Schreiber, le formateur de séminaristes
Doyen des quatre, l'abbé Pascal Schreiber a 53 ans. Suisse né dans une famille de cinq enfants du canton d'Argovie, il entre en 1992 au séminaire de Zaitzkofen, en Allemagne, poursuit à Écône et reçoit l'ordination en 1998.
Son ministère le conduit surtout vers l'enseignement et la direction d'écoles, à Mels puis à Wil, en Suisse alémanique. En 2014, il rejoint le siège du district de Suisse, à Rickenbach, d'abord comme économe puis comme supérieur de district. Depuis 2020, il dirige le séminaire de Zaitzkofen, où se forment plus de cinquante futurs prêtres et frères venus de seize pays. Il parle l'allemand, le français et l'anglais.
Michael Goldade, du Kansas à la Virginie
L'abbé Michael Goldade, 45 ans, incarne l'ancrage américain de la Fraternité, aujourd'hui en pleine croissance outre-Atlantique. Originaire du Dakota du Nord et élevé à St. Marys, au Kansas, il est issu d'une famille de dix enfants qui compte trois religieuses de la Fraternité. Il entre au séminaire de Winona à 18 ans et est ordonné prêtre en 2004.
Après un ministère dans le Michigan puis à la direction d'une maison de retraites, il devient en 2014 prieur à Kansas City, où il a la charge d'un prieuré, d'une paroisse, d'une école et d'une communauté de religieuses. Depuis l'été 2023, il dirige le séminaire Saint Thomas Aquinas, en Virginie, qui forme près de cent séminaristes. Il parle l'anglais et a étudié le français.
Marc Hanappier, une famille de dix enfants et plusieurs vocations
Le benjamin, l'abbé Marc Hanappier, est né en 1990. Français lui aussi, il vient d'une famille de dix enfants marquée par les vocations : un frère prêtre de la Fraternité, un autre capucin, une sœur dominicaine enseignante. Formé à Flavigny et à Écône, il est ordonné en 2013.
Après des débuts dans l'enseignement en France, il est nommé en 2020 professeur au séminaire de Dillwyn, en Virginie, où il enseigne la métaphysique et le dogme. Il y assure aussi un ministère pastoral le dimanche, dans plusieurs chapelles. Il parle couramment le français et l'anglais.
Une décision qui rapproche la rupture avec Rome
Trois des quatre élus dirigent ou enseignent dans des séminaires, et deux des quatre profils sont implantés aux États-Unis. Un choix qui dit la priorité de la Fraternité : assurer la relève et la formation. Car elle ne compte plus que deux évêques, Mgr Fellay et Mgr de Galarreta, après l'exclusion de Mgr Williamson en 2012 et la mort de Mgr Tissier de Mallerais en 2024.
Mais le calendrier se heurte de plein fouet à Rome. Dans l'Eglise catholique, un évêque ne peut en consacrer un autre sans l'accord du pape. Procéder sans ce mandat est un acte de désobéissance qui expose, selon le droit canonique, à une excommunication automatique, dite latae sententiae, frappant celui qui consacre comme celui qui est consacré.
L'annonce initiale, faite le 2 février à Flavigny-sur-Ozerain lors d'une cérémonie de prise de soutane, avait déjà provoqué une réaction romaine. Le 13 mai, le préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, le cardinal Víctor Manuel Fernández, a publié une déclaration portée à l'attention de Léon XIV. Les ordinations annoncées, écrit-il, "ne bénéficient pas du mandat pontifical correspondant", et constitueront un "acte schismatique". Le pape, ajoute le cardinal, "continue de prier" pour que les responsables de la Fraternité "reviennent sur leurs pas".
Le scénario rappelle 1988, quand Mgr Lefebvre avait sacré quatre évêques sans l'accord de Jean-Paul II, entraînant leur excommunication. Celle-ci avait été levée par Benoît XVI en 2009, mais la Fraternité n'a jamais retrouvé de statut canonique reconnu. Reste une date, le 1er juillet, et une question : la réponse que donnera Rome si la cérémonie a bien lieu.

